Les points Clés
Les deux rapports du Professeur Lavoué sur les circonstances des corps des victimes assassinés dans le Vercors.


Demande

Sur la base des deux rapports d'expertise privée du Professeur Lavoué effectués en 2001 et en 2003 :

Un supplément d'enquête et d'information est nécessaire eu égard à ces charges nouvelles démontrant l'intervention extérieure de plusieurs personnes dans l'assassinat des 16 victimes du Vercors.

Le Ministère Public pourra contater que cette intervention extérieure permet de résoudre plusieurs incompréhensions résultant de l'information quant aux circonstances exactes des crimes perpétrés dans le Vercors en 1995, notamment :

a - Les incohérences et les contradictions entre les expertises sur la carbonisation. Dans leurs rapports successifs, les experts se contredisent quant à la prétendue disposition du bois, qui en réalité n'a jamais été présent sur les lieux. Ainsi, le rapport du 14 août 1997 sur la carbonisation affirme que "Le bois sous les corps, dont la présence est attestée par les dépôts de cendres blanches, constitue un combustible lent à même de favoriser la dégradation des graisses et la destruction des chairs.

Contradictoirement à ce précédent rapport, le rapport du 2 octobre 1999  conclut "il n'y avait donc pas de lit de bois et le petit branchage était donc bien disposé au-dessus des corps... Il ne peut s'agir non plus de disposition des victimes sur un lit de braise"

Poursuivant l'analyse du rapport du 2 octobre 1999 : "Il n'y avait donc pas de lit de bois et le petit branchage était donc bien disposé au-dessus des corps ... Il ne peut s'agir non plu de disposition des victimes sur un lit de braises. En effet, sur l'expérience menée sur un porc disposé de cette manière, seul le dos de l'animal a été brûlé"

Selon cette analyse, il est donc techniquement impossible que le cadavre de M. Jean-Pierre Lardenchet ait pu être carbonisé sur les deux faces, si l'on retient la thèse de l'Instruction de sa chute sur le ventre dans le brasier après s'être prétendument suicidé. Il en est de même du corps d'André Friedli qui est "... très carbonisé en particulier au niveau du thorax de l'abdomen...", alors que la thèse de l'Instruction envisage sa chute sur le dos dans le brasier après s'être prétendument suicidé.

Nous vous laissons le soin de lire ci-dessous à la rubrique "Remarques" les autres points qui soulèvent la surprise et l'étonnement.



Réponse du juge

Le rapport d'examen technique pluridisciplinaire dressé le 9 mars 2004 par le collège d'experts conclut que l'étude des pièces fournies ne permet en aucun cas d'infirmer les conclusions des précédentes expertises mais écarte vigoureusement les hypothèses du Professeur Lavoué en soulignant :

- qu'aucun élément scientifiquement valide n'est à même de confirmer ni même d'évoquer l'hypothèse de l'emploi d'un produit de type phosphore pour réaliser les dégradations observées cliniquement sur les corps des victimes

- que l'utilisation d'un engin de type lance- flammes n'est pas compatible avec les relevés réalisés sur la scène de crémation;

- que les hypothèses avancées par Monsieur Lavoué ne trouvent aucun fondement technique et ne sont étayées par aucun élément vérifiable sicentifiquement et qu'elles doivent être écartées en raison des erreurs méthodologiques et des biais d'interprétation qui hypothèquent ses travaux.



Remarques & commentaires

Les rapports d'expertise relatifs aux circonstances médico-légales de la carbonisation des corps par les experts désignés par l'instructeur concluent que le volume d'essence à savoir 5 litres voire même 40 litres ne permettent pas de provoquer les dégradations portées sur les victimes.

Le second rapport sur la carbonisation affirme que "... c'est le bois (présent partout dans les bois et signalé par les amas de cendres blanches) qui a très certainement constitué le combustible lent à même de dégrader les corps" (rapport du 2 octobre 1999 cote D5/42-15page 9).

Le professeur Lavoué révèle dans son rapport d'expertise du 10 avril 2001 la présence d'excès de phosphore dans le sol du lieu des crimes du Vercors. Il conclut en sa page 23 que "cette augmentation de la teneur de phosphore ne peut qu'être le fait d'un apport extérieur", et en page 22 "seul un produit à haut pouvoir calorifique, comme le phosphore ou l'un de ses dérivés, peut expliquer ce degré de carbonisation avancée et observée chez certaines victimes".

En page 35 de son rapport d'expertise du 10 avril 2001, "il est... difficile d'obtenir une crémation aussi localisée et aussi poussée pour certains corps par une seule aspersion d'essence, même en tenant compte de l'effet de mèche dû aux vêtements."

En page 36 de son rapport d'expertise du 10 avril 2001, "En conséquence, l'hypothèse de l'utilisation d'un lance-flammes est à considérer. Ceci permettrait d'expliquer la crémation bien délimitée pour certains corps, alors que les victimes ont été retrouvées avec un sac en plastique enfiché autour de la tête, alors que ces sacs sont à peine déformés par le rayonnement thermique.

Seul un jet très directionnel permet d'expliquer cette anomalie car aussi bien un bûcher important de branchages qu'un dépôt important d'essence auraient entraîné au moins une fusion partielle de ces sacs en plastiques situés à 60 cm environ des parties inférieures carboniées des corps. Cette expertise peut conclure à l'emploi d'un appareil à jet directionnel d'un produit inflammable dopé de phosphore."

Elle exclut de manière formelle les conclusions des expertises précédentes et déjà contradictoires entre elles quant à l'emploi unique de supercarburant associé à des branches d'arbres non constatées par l'absence de fragments de bois carbonisés sur les lieux.

Il convient de rappeler que le second rapport d'expertise judiciaire du 2 octobre 1999 n'est pas plus concluant que le premier puisque les experts soulignent dans leur rapport que la pluie est venue interrompre l'expérimentation (page 21 du rapport) : " ... il persiste des fragments non brûlés, qui n'ont pu se transformer en braises du fait de la pluie qui a stoppé net le phénomène d'incandescence ... la durée précise n'a pu être déterminée précisément du fait de la pluie qui est donc venu interrompre l'expérimentation...".

Ni le phénomène constaté sur les corps des victimes n'a pu être réalisé, ni la durée n'a pu évidemment être déterminée, ni le volume de bois n'a été fixé, ce qui avait été pourtant demandé par les parties civiles dans leur demande d'actes accordées par le magistrat instructeur. En outre, les photos prises dans lors de l'expérience montrent un amoncellement de morceaux de bois, ce qui ne correspond nullement à ce qu'on peut constater sur les photos des victimes par la Gendarmerie lors de leur découverte le 23 décembre 1995.

A cet égard, le Professeur Lavoué a pu préciser lors de son témoignage à l'audience correctionnelle d'avril 2001 que si les experts avaient mis le volume nécessaire pour provoquer les lésions corporelles constatées sur les corps des victimes, soit plusieurs mètres cubes (environ 6 mètres cubes), l'énergie et la chaleur dégagées n'auraient pas permis que le feu s'éteigne par une pluie; ce qui veut dire que puisque la pluie a pu arrêter l'expérimentation, les experts avaient d'ores et déjà mis un volume de bois insuffisant. Cela explique aussi la raison pour laquelle les experts n'ont pu préciser le volume de bois.

Par ailleurs, le volume de bois nécessaire pour une crémation des chairs laisse nécessairement une couche de cendre (au moins 20cm d'épaisseur en ce qui concerne le drame du Vercors), ce qui n'a pas été constaté sur les photos prises avant et après l'enlèvement des corps des victimes découverts le 23 décembre 1995 qui font apparaître à peine une fine pellicule de cendre.

Le rapport d'expertise judiciaire du 2 octobre 1999 reconnait en page 12 que "Quel que soit le mode de crémation, la température oscille constamment entre 350 et 750°C. Rappelelons que la destruction totale, squelette compris, n'est pas possible dans de telles conditions, car la fusion de l'os ne commence qu'à partir de 1600°C."

Or, le rapport d'autopsie du 16 juin 1996 fait état de destruction totale de parties osseuses chez 9 victimes sur les 16 victimes du Vercors.

En outre, le procès-verbal du transport sur les lieux du 21 mai 1999 pour l'expérimentation sur les cochons qui a abouti au rapport d'expertise judiciaire du 2 octobre 1999 confirme cette impossibilité en relevant en page 2 que l'expert parvenait "...avec un thermomètre à laser procéder à la prise de températures... des braises à 380°C, entre les cuisses de 130°C et au niveau de la tête de 14°C."

Enfin, les photos prises par les gendarmes lors de la découverte des corps montrent l'absence totale de couche de cendre, confirmant ainsi l'absence de bois pour la combustion des corps. A cet égard, il est à remarquer que l'expertise sur les cochons a été interrompue par la pluie et qu'elle ne serait donc être probante d'autant plus qu'aucune disparition de partie osseuses n'a été constatée sur les cochons.

Le Professeur Lavoué conclut que les hypothèses retenues par les expertises judiciaires ne sont pas compatibles avec les constatations faites sur le lieu du drame et sur les corps des victimes.

Le jugement du 25 juin 2001 n'a pas retenu les conclusions de ce rapport pour "à elle seules légitimer l'organisation d'investigations techniques complémentaires" en estimant que l'excès en phosphore pouvait "suffisamment s'expliquer par la libération de cet élément chimique contenu en grande proportion dans le squelette et dans le sang".

Pour réfuter cette objection et d'autres soulevées lors de l'audience et pour expliquer le déroulement des crimes perpétrés dans le Vercors, une nouvelle expertise a été réalisée par le Professeur Lavoué à la demande de MM. Jean et Alain Vuarnet.

Ainsi convenait-il de rechercher l'agent chimique qui a permis de carboniser les corps jusqu'à destruction partielle des os et le mode opératoire.

Le rapport du 15 septembre 2003 du Professeur Lavoué constate après analyse des prélèvements sur les corps des victimes Vuarnet un excès de phosphore d'origine exogène d'une part et l'effet d'un jet très directionnel d'une flamme très chaude d'autre part.

Page 9 du rapport : "Le scalp de Madame Vuarnet présente par ailleurs une inversion du rapport calcium/phosphore prouvant que cet excès de phosphore ne peut provenir que d'un apport exogène... Nos prélèvements effectués au-dessus de la cheville du tibia droit de Madame Vuarnet présentent également un excès de phosphore qui ne peut être que d'origine exogène..."

Page 30 et 31 du rapport : La "... carbonisation de la tranche supérieure de la pochette retrouvée dans le linceul de Patrick Vuarnet ne peut être que le fait d'une flamme très directionnelle... cette carbonisation ne pouvant être le fait du rayonnement ambiant sinon l'ensemble de la pochette aurait été carbonisée et les allumettes (contenues dans cette pochette) auraient probablement pris feu, attendu qu'elles ne sont capables de résister à une température de 180°C que pendant une 1/2 H au plus."

Page 31 du rapport : La "... différence entre la partie externe du bracelet de montre (retrouvée dans le linceul de Patrick Vuarnet), c'est-à-dire à l'extérieur du poignet gauche et la partie interne, côté corps, signifie que ce bracelet a subi l'effet d'un jet très directionnel d'une flamme très chaude..."

Il en découle naturellement la nécessité de l'utilisation d'un appareil qui projette par jet directionnel un produit inflammable dopé au phosphore. Enfin, lorsque l'on identifie graphiquement sur le plan établi par la Gendarmerie les parties des victimes les plus gravement carbonisées dont celles ayant subi les disparitions de matières osseuses, un faisceau apparaît ayant pour axe Lardenchet-Masson. Cette simple constatation confirme encore la carbonisation des corps par jet directionnel.

Si, par extraordinaire, le Ministère Public estime que ces expertises établies à titre privé par les parties civiles ne suffisent pas à emporter complètement leur conviction, une réouverture de l'information permettrait de réaliser une nouvelle expertise sur les vêtements carbonisés des victimes et sur les victimes elles-mêmes Lardenchet, Rostan, Masson... aux fins d'identifier les combustibles ou tout autre produit ayant pu provoquer le degré de carbonisation sur les victimes.

En conséquence, il appartenait à la justice de rechercher le matériel très spécifique ayant servi à commettre ces crimes et de rechercher les personnes ayant acheté puis utilisé ce matériel. Ce qui n'a malheureusement pas été réalisé !

 

 



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